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Il était une fois un showrunner: Aaron Sorkin (1/5)

Il était une fois un showrunner: Aaron Sorkin (1/5)
Christophe Brico

Écrivain génial et enfant terrible de la télévision. Arrogant, égocentrique, obsessionnel. Magicien du dialogue et du rythme. Compagnon fidèle à ses collaborateurs et à la drogue dont il abusa. Homme de théâtre qui a fait carrière au cinéma et à la télévision, homme de télévision et de cinéma qu’il perçoit essentiellement par les mots. Aaron Sorkin est tout cela, et sans doute quelques autres qualificatifs.
L’arrivée de la troisième et dernière saison de The Newsroom sur HBO à la rentrée est l’occasion pour nous de revenir sur la carrière de ce showrunner singulier.

Aaron Sorkin est un New-Yorkais. Né à Manhattan, élevé à Scarsdale (NY) et étudiant à l’Université de Syracuse (NY). Cette proximité avec le cœur de la création théâtrale américaine, et aussi un des cœurs culturel des USA en général, explique certainement que ces premiers amours allèrent vers les planches et pas nécessairement vers les écrans, grands ou petits.

Bachelier avec un an d’avance, il poursuit des études d’art Dramatique à l’Université de Syracuse, sous la direction notamment de Arthur Storch (un élève de Lee Strasberg), qui lui aurait dit : “Vous avez la capacité d’être tellement mieux que vous n’êtes”, Sorkin aurait répondu “Comment ?” et Storch répliqua “Osez échouer”. Cette phrase restera comme un moto pour Sorkin, qui en aura certainement fait usage durant les années qui suivent son diplôme en 1983. Quoi que l’on puisse lire, ou entendre, y comprit de Sorkin lui-même, c’est assez rapidement qu’il connaîtra le succès.

En 1986, Aaron Sorkin a une conversation avec sa sœur, Deborah, avocate pour l’US Navy, qui se rend à Guantanamo Bay pour défendre un groupe de marines impliqué dans le bizutage d’un autre marine, sur ordre d’un supérieur. Il n’en faudra pas plus au jeune dramaturge pour écrire ce qui deviendra sa première pièce à Broadway : “Des hommes d’honneur” (A few good men)

Sorkin 01 - AFGM

“You can’t handle the truth”

En 1988, Sorkin vend les droit pour l’adaptation cinématographique à David Brown, avant même la première à Broadway. La première de la pièce aura lieu en novembre 1989 au Music Box Theatre avec dans les rôles principaux : Tom Hulce, Megan Gallagher (Mme Black dans Millenium), Clark Gregg (Agent Coulson de Marvel, mais avant cela un fidèle de Sorkin), une apparition de Joshua Malina (encore un fidèle et aujourd’hui David Rosen dans Scandal) et Bradley Whitford, en acteur de remplacement, qui sera au cast principal de deux séries de Sorkin. La pièce aura 497 représentations et une adaptation cinématographique connue du plus grand nombre. Une caractéristique plus communément trouvée chez les réalisateurs que chez les écrivains : Sorkin aime utiliser, et réutiliser les mêmes acteurs quand cela est possible.

Avec l’adaptation cinématographique de la pièce, Sorkin obtient un deal de 3 films avec Castlerock Entertainment, dont Rob Reiner (réalisateur de deux des trois films) est un des directeurs. Sorkin dira lui-même que l’expérience de réécriture de sa pièce en film, avec les ajouts de William Goldman et surtout sous la direction de Rob Reiner, fut un véritable apprentissage de ce qu’est un script et de la façon de le fabriquer. Le film fut un succès majeur rapportant plus de 240’000’000 $ (sur un budget initial de 40’000’000), restera 3 semaines d’affiliées premier au box office US et offrira à Sorkin sa première nomination aux Golden Globes pour le meilleur scénario.

Le film suivant, Malice, aura une réception mitigée, mais le 3ème film avec Castlerock, Le Président et Miss Wade / The American President sera de nouveau un succès et aura un impact fondamental sur ce qui est, encore aujourd’hui, le chef-d’oeuvre télévisuel d’Aaron Sorkin : The West Wing, mais nous y reviendrons.

Ces trois films constituent sans doute le caryotype de l’ADN dramatique de l’écrivain. On y trouve déjà tous les gimmicks de son écriture, la rapidité des dialogues, certaines phrases ou expressions clefs, Joshua Malina, la vision idéaliste du monde exprimée avec un ton professoral. En résumant à partir de cette première période, on pourrait dire qu’Aaron Sorkin c’est à la fois, dans Des Hommes d’honneur, le Lt. Kafee (Tom Cruise) et le Col. Jessup (Jack Nicholson). Entre idéalisme et cynisme.

C’est pendant l’écriture de The American President / Le Président et Miss Wade que Sorkin eut l’idée d’une histoire dans l’univers d’une émission de sport. Au départ il pensait en faire un film, mais, ne trouvant pas d’accroche centrale pour cette idée, s’orienta vers la télévision. Ce sera ses débuts à la télé, et l’objet de notre prochain article.

Crédits Aaron Sorkin: WMagazine.com