Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

Pas de commentaires

Frank Spotnitz: « Avant X Files, la mythologie n’existait pas »

Frank Spotnitz: « Avant X Files, la mythologie n’existait pas »
Rédaction de Season One

A l’occasion du Toulouse Game Show (aka TGS) nous avons eu l’occasion de rencontrer Frank Spotnitz, scénariste de The X Files et Millenium, mais aussi showrunner de la nouvelle série The Man in the High Castle. Un homme passionnant et passionné. 

12278664_10153679220604178_3479961934027147165_n

Qu’y a t-il de plus difficile pour vous en tant qu’auteur: gérer la mythologie ? Adapter un livre que tout le monde connaît ? Ou parler d’événements historiques ?

Tout est difficile ! Pour moi le plus important ce sont les personnages et surtout faire en sorte qu’on s’intéresse à eux. Il faut qu’on ait envie les suivre. Ce qui était primordial pour moi c’est de comprendre les idées du livre, mais j’ai dû changer le livre pour faire une nouvelle série. Je voulais étendre les idées et le faire en harmonie avec ce que Philip K Dick a écrit. Je ne voulais pas me battre contre le roman, je voulais développer le roman.
Quand j’écris une série je pense d’abord aux vies des personnages et puis j’imagine ce que pourraient être leur parcours, leurs idées et les thèmes derrière ce parcours.

Est ce difficile d’adapter le roman de Philip K Dick pour la télévision ? On a vu qu’avec Minority Report ça ne fonctionnait pas…

Oui c’est très difficile. Le plus difficile était le pilote.
J’ai changé des choses, j’ai ajouté des personnages et ajusté les relations entre eux. Mais une fois que j’ai fait ça c’est comme si j’avais trouvé une entrée dans son monde. C’était très enrichissant.
Il y avait tellement d’histoires que je voulais raconter, mais je n’avais pas le temps. C’est tellement riche. On peut raconter tant de choses. C’est un univers à part entière. J’ai littéralement une planète à explorer. 
Ce n’est jamais simple d’adapter quelque chose, mais c’est très intéressant et gratifiant.

The-Man-In-The-High-Castle

Est ce différent de travailler pour un « network » comme Amazon ?

Oui c’est différent. D’abord ils ont pas mal d’argent ce qui nous a permis de produire la série correctement. Tout le monde ne peut pas se le permettre.
Ils nous ont donné beaucoup de liberté créative en dépit du fait qu’ils nous ont donné beaucoup d’argent.
Et le fait qu’ils sortent les 10 épisodes en même temps change la donne. Ce n’est plus de la télévision à épisodes. C’est comme une longue histoire de 10 heures. C‘est nouveau pour moi.

Et en ce qui concerne l’utilisation de cliffhangers ou de twists est-ce également différent ?

J’ai beaucoup d’expérience sur tout ça grâce à X Files. On divisait les cliffhangers quand on faisait des doubles épisodes à la fin de chaque saison. On avait un cliffhanger tous les épisodes avec ce modèle de binge watching. C’est pour qu’on continue à regarder. A part ça on suit simplement les personnages et leur parcours.
C’est comme des chapitres d’un roman. Les deux premiers épisodes forment un chapitre et ensuite les épisode 3 et 4 en constituent un autre. C’est très différent.

IMG_2145

Est ce que Netflix ou Amazon peuvent changer la manière dont on écrit une série ?

Je pense qu’ils l’ont déjà fait. La TV est en plein changement. On est au milieu du changement, mais ce n’est pas encore terminé. Je ne sais pas comment ça va se terminer.
J’aime toujours le bon vieux modèle de série à épisodes, mais c’est chouette qu’on ait le choix de regarder ces nouvelles façons de raconter les histoires. Ca n’a jamais été un meilleur moment pour la TV. C’est tellement varié. C’est la première fois de ma carrière que je vois ça. Tu es récompensé pour avoir pris des risques. On veut que tu fasses quelque chose de différent, on te demande d’être le plus original possible.
Quand j’ai commencé sur X Files c’était le contraire. Ils étaient très conservateurs. Maintenant c’est génial

*Retrouvez notre dossier sur The man in the high castle ici

Est ce difficile de nos jours d’écrire une série avec de la mythologie ?

Le problème c’est que à l’époque d’X Files, la mythologie n’existait pas. Ce mot n’existait même pas.

Vous l’avez inventé…

Oui on l’a fait un peu par hasard. Et depuis j’ai fait tellement de séries où on me demande d’écrire une mythologie, tout le temps. Ça devient pénible !
Sur X Files nous faisions seulement 6 ou 8 épisodes sur 24. On pouvait prendre notre temps. Maintenant je m’en méfie. Ça devient vite trop compliqué et ça finit par ne parler que de ça. Et c’est là que ça ne m’intéresse plus.
Dans The Man in the High Castle je ne veux pas que ce soit uniquement à propos du contenu des bobines de film. Vous saurez ce que sont ces films mais ce n’est pas le plus important. Ce qui importe ce sont les personnages et ce qu’ils vont faire. J’essaie de garder un certain équilibre. C’est difficile car les gens ont déjà des attentes car ils ont déjà vu plein de séries mythologiques.
Vince Gilligan dans Breaking Bad a fait ça extrêmement bien. La série parlait du parcours de Walter White et la fin était tellement réussie. Pas parce que ça racontait comment il avait vaincu les méchants, mais parce que ça parlait de lui en tant qu’home et d’où il allait. C’est la bonne stratégie pour raconter des histoires

Pour en revenir à X Files de nombreux talents ont émergé de cette série. Comment expliquez vous cela ? Qu’avez vous appris grâce à la série ?

Chris Carter exigeait que vous donniez le meilleur de vous même sinon c’était la porte. Si vous restiez vous deviez travailler vraiment très dur. Il voulait que nous montrions de quoi nous étions capables. Donc finalement on peut dire que ce n’est pas surprenant car Chris Carter était une vrai source d’inspiration et de motivation. J’ai tellement appris grâce à X Files, nous tous. Vince Gilligan vous dirait la même chose. C’était comme si j’avais fait une deuxième école de cinéma.

Quel est votre épisode préféré parmi ceux que vous avez écrits mais également parmi ceux que vous n’avez pas écrits ?

Pour ceux que j’ai écrits c’est difficile. Je dirais Memento Mori. J’aime aussi Detour, Via Negativa, 731. Ce n’est pas facile de répondre.
Parmi ceux que je n’ai pas écrits, j’ai adoré ceux de Morgan et Wong : Home, Squeeze, Ice
Duane Barry, Anazasi, Post Modern Prometheus de Chris Carter. Tout ce qu’à fait Daren Morgan. Bad Blood de Vince Gilligan. Bon en fait j’ai 7 ou 8 épisodes préférés!

tumblr_m5bhnsrjmd1qkysolo1_500

Memento Mori

Une série qui m’a beaucoup marqué était Millenium. J’étais très surpris par la violence présente dès le pilote. Pensez vous qu’il serait possible de faire le même épisode aujourd’hui ?

Pas sur de grands networks mais je pense que Millenium marcherait mieux maintenant qu’à l’époque. Ça pourrait passer sur Netflix, Amazon ou ailleurs. Et elle y serait très bien. Le truc avec Millenium c’est que Chris Carter ne croit pas aux extraterrestres, ni aux monstres. Il voulait faire une série qui parlait des choses qui l’effrayaient lui. Comme vous le savez il y a un épisode qui s’appelle Le Fétichiste dans la saison 2 d’X Files. Il n’y a rien de surnaturel. Le personnage peut nous sembler être démoniaque mais tout ce qu’il fait est rationnel. C’est comme dans Millenium ce sont les choses qui font vraiment peur à Chris. C’était donc très sombre. C’est pourquoi les networks avaient un peu la frousse. Ils nous demandaient sans cesse de la rendre moins sombre, d’ajouter une pointe d’humour. Nous avons essayé mais ça ne fonctionnait pas. C’est une série sans compromis et je rencontre des gens qui attendent plus le retour de Millenium que celui d’X Files. X Files est plus populaire, mais Millenium était bien plus intense et c’est ce qui fait qu’on ne l’oublie pas.

Il y a d’ailleurs un personnage très intéressant dans Millenium : Lucy Butler. Aviez vous déjà une idée de ce qu’elle deviendrait dans la saison 2 quand vous avez crée le personnage ?

On ne savait pas exactement mais on avait déjà pensé à quelque chose de surnaturel. C’est un de mes personnages préférés. Sarah Jane Redmond est une actrice formidable. Vous le savez probablement dans la saison 1 j’étais showrunner avec Chris Carter, puis sur la saison 2 c’était Morgan et Wong et pour la saison 3 c’était Chip Johannessen. La série a beaucoup changé. Les personnages ont évolué à chaque saison. Donc non, nous n’avions pas vraiment anticipé tout ce qui est arrivé à Lucy.

devil1

Vous avez commencé votre carrière en tant que journaliste comme David Simon. Que vous a apporté cette expérience ?

En gros j’étais journaliste quand j’avais entre 20 et 30 ans. J’ai voyagé, rencontré beaucoup de gens. J’ai été confronté à toutes sortes de situations : le crime, la politique, les procès, la culture. J’ai voyagé j’étais journaliste dans le Midwest puis à New York, ensuite à Paris. J’ai appris à écrire vite et clairement. J’ai appris à synthétiser les informations et à les organiser. Cela m’a donné un avantage énorme pour pouvoir faire ce que je fais maintenant. C’était une très bonne préparation. Je suis ravi d’avoir été d’abord journaliste car sinon à 20 ans j’aurais écrit des choses beaucoup trop naïves. Je n’avais encore rien vu, rien expérimenté. Cela m’a permis d’être mature, de voir le monde, de comprendre d’autres points de vue. Je pense vraiment que ça m’a rendu meilleur auteur.

12310623_10153679220644178_8349545898714578131_n

Listes des épisodes cités par Frank Spotnitz:

  • Memento Mori (s04e14)
  • Detour (s05e04)
  • Via Negativa (s08e07)
  • 731 (s03e10)
  • Home / La Meute (s04e02)
  • Squeeze / Compressions (s01e03)
  • Ice / Projet Arctique (s01e08)
  • Duane Barry (s03e05 et 06)
  • Anazasi (s02e25)
  • Post Modern Prometheus (s05e05)
  • Bad Blood / Le shérif a les dents longues (s05e12)

Crédits Photos Interviews: Season One
Merci à 8 Art Global et les équipes du TGS d’avoir organisé cette interview