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Jamais deux sans trois : Dr Ken, Grandfathered, Life In Pieces

Jamais deux sans trois : Dr Ken, Grandfathered, Life In Pieces
Fanny Lombard Allegra

A l’occasion de la rentrée télévisuelle, plusieurs chaînes ont misé sur des comédies au rayon des nouveautés. Season One en a déjà chroniqué certaines, comme The Grinder ou Les Muppets. Aujourd’hui, nous revenons sur trois séries du même format, qui s’inscrivent dans le registre comique. Par ordre d’apparition : Dr Ken (ABC), Grandfathered (Fox) et Life in Pieces (CBS). Alors que l’on parle actuellement de renouvellements et d’annulations, rira bien qui rira le dernier…

Dr Ken : Diagnostic réservé

Brillant médecin hospitalier, le Dr Ken Park (Ken Jeong) est en revanche peu doué pour les relations sociales : arrogant et sarcastique, il agresse ses patients, se dispute avec ses collègues, et il a bien du mal à comprendre sa fille adolescente qu’il surprotège et son surdoué de fils. Il peut heureusement compter sur le soutien de sa femme Allison (Suzy Nakamura) pour arrondir les angles.

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Les critiques ont unanimement éreinté le pilote de Dr Ken, et même si l’on répugne à tirer sur l’ambulance, il est difficile de leur donner totalement tort tant ce premier épisode est mauvais, sur la forme comme sur le fond. Commençons par la forme : c’est bien simple, on se croirait revenu dans les années 1980, au plus beau temps des sitcoms familiales. On y retrouve les mêmes gags, le même ton outrancier, les mêmes rires enregistrés, le même indicatif musical à l’ouverture de chaque séquence,  la même famille stéréotypée (un couple et ses deux enfants – garçon et fille), les mêmes poncifs qui faisaient rire à l’époque, mais qui sont désormais éculés et lassants.  Le diable étant dans les détails, même l’aménagement du pavillon de banlieue des Park est quasiment la réplique de celui d’une Angela Bower ou d’un Dr Huxtable ! Alors certes, les répliques fusent et les situations prétendument comiques s’enchaînent à toute vitesse, mais l’ensemble est désespérément plat et convenu, et l’on a déjà vu ces scènes une bonne trentaine de fois.

Ce n’est pourtant pas le principal défaut de Dr Ken. A priori, la série s’inspire de l’expérience de Ken Jeong, ancien médecin, et elle repose essentiellement sur ses épaules. Par le passé, l’acteur a fait la démonstration de ses qualités comiques, par exemple dans Community. Or, en fait d’atout, Jeong déçoit énormément : son jeu excessif et ses grimaces permanentes passent très bien dans les courtes séquences comme celles dont il est  la vedette dans la série susmentionnée, mais ils deviennent vite agaçants sur une durée de 30 minutes ; ses gesticulations sont épuisantes pour le téléspectateur, qui en est même un peu gêné pour le comédien… Toutefois, celui-ci n’est pas le seul coupable, dans la mesure où c’est bien son personnage qui pose problème. La scène d’ouverture du pilote est à ce titre représentative, le Dr Ken insultant un patient dans le plus pur style d’un Dr House shooté à la vicodine, avant de s’en prendre à un infirmier puis à son supérieur. Mais House faisait preuve d’une méchanceté spirituelle et pertinente, que la complexité du personnage et sa souffrance rendaient tolérable et compréhensible ; le Dr Ken est offensant gratuitement, sans aucune subtilité. Sans mise en place préalable, il en devient forcément antipathique et reste sans relief. Ce sentiment est renforcé par la transparence de seconds rôles clairement sous-exploités dans ce premier épisode, en dépit du potentiel que l’on devine par exemple chez l’infirmière Damona jouée par Trisha Campbell-Martin (Ma Famille d’Abord). La série semble tourner exclusivement autour de son héros, les autres personnages servant simplement de support à ses répliques et à ses sketches – comme dans la séquence où il se moque de son fils, qui prépare un numéro de mime pour l’école. Reste Suzy Nakamura qui, dans le rôle de l’épouse, parvient à tirer son épingle du jeu en contrebalançant, par son interprétation mesurée, l’hystérie de son partenaire. Cela dit, tout n’est pas à jeter dans ce pilote : la confrontation entre le docteur et sa fille, lorsqu’elle s’aperçoit qu’il a installé un tracker sur son téléphone, est assez bien écrite et permet d’approfondir la relation entre les deux personnages – un aspect totalement négligé par ailleurs.

Surtout, Dr Ken s’améliore notablement au fil des épisodes (mais il est vrai qu’il y avait de la marge…), remédiant quelque peu aux principales critiques qu’on avait pu lui adresser. Les rôles secondaires prennent notamment une place plus importante, par exemple lors d’un dîner de famille avec les parents du Dr Ken (The Seminar – épisode 2) ou lors d’un gala en l’honneur de l’ex-petit ami de Mme Park (Kevin O’Connell – épisode 4), confirmant qu’il y a bien quelque chose à faire avec ces protagonistes. Dans l’ensemble, la série paraît toujours aussi datée, l’humour ne surprend guère et les dialogues n’ont rien d‘hilarant, mais on esquisse au moins un sourire et, en donnant plus d’espace aux acolytes du héros, Dr Ken tend à s’équilibrer pour rendre moins pesant le jeu forcé de Ken Jeong. Démolie par les critiques, Dr Ken a en tous cas trouvé son public, puisqu’elle a été renouvelée pour une deuxième saison. Espérons que la série saura mettre à profit cette opportunité pour poursuivre dans la voie où elle s’est engagée.

Grandfathered : Papy fait de la résistance

Séduisant quinquagénaire, Jimmy (John Stamos) est un don Juan invétéré, allergique à l’engagement et aux relations durables. Propriétaire d’un restaurant branché, il écume soirées et boîtes de nuit et ramène rarement deux fois de suite la même conquête dans son appartement design. Imaginez donc le choc lorsqu’il voit débouler dans sa vie Gerald (Josh Peck), jeune homme empoté qui affirme être son fils ! Et la surprise ne s’arrête pas là : Gerald étant l’heureux papa d’une petite Edie, voilà notre playboy propulsé au rang de grand-père. D’abord réticent, Jimmy finit par accepter ce rôle. Mais est-il prêt à sacrifier son style de vie pour occuper une place dans cette nouvelle famille ?

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Avec The Grinder et Grandfathered, la Fox a visiblement décidé d’exploiter le filon de la comédie légère, tout en titillant la fibre nostalgique de ses téléspectateurs. Après Rob Lowe, c’est John  Stamos qui retrouve le devant de la scène (ou plutôt de l’écran), dans un rôle qui rappelle évidemment celui qu’il interprétait dans La Fête à la Maison, dans les années 1990. Les deux personnages, séducteurs patentés, sont contraints par les circonstances de se ranger pour assumer des responsabilités familiales ; mais le temps a passé, et l’oncle Jesse a cédé la place à papy Jimmy. On pourrait penser que Jimmy n’est pas un héros très plaisant : c’est un bobo snob et superficiel, un égocentrique paniqué à l’idée de vieillir et qui multiplie les conquêtes sans jamais se fixer. Mais le personnage est flamboyant, adepte d’une autodérision très second degré, et il est juste assez bien  construit pour que, dès le pilote, des faiblesses attachantes transparaissent derrière ses défauts. Le capital sympathie dont jouit John Stamos, grâce au « précédent Jesse », allié à une interprétation  qui maintient en permanence le personnage à la frontière entre le cool et le pathétique, achèvent de le rendre intéressant.

Pour compléter la distribution, Josh Peck est convaincant en fils prodige maladroit, Kelly Jenrette excelle dans le rôle de l’assistante du héros, et c’est un plaisir de retrouver Paget Brewster (Esprits Criminels), qui interprète joliment le rôle de la mère de Gerald et ancienne petite amie de Jimmy. L’interaction entre les acteurs fonctionne bien, et certaines scènes donnent lieu à des parties de ping-pong verbales réjouissantes. Evidemment, on devine dès le départ l’angle choisi par Grandfathered : le thème n’a rien de très original, si ce n’est que la place traditionnellement occupée par le père est ici dévolue au grand-père (génération baby-boomer oblige). Cette  nuance a au moins l’avantage de renouveler quelque peu les ressorts comiques, et d’octroyer plus de légèreté à son héros qui est moins impliqué dans son rapport à l’enfant. Pour le reste, les situations et les développements narratifs sont totalement prévisibles. La relation entre Jimmy et Gerald, par exemple, repose sur leurs différences fondamentales, mais qui vont leur permettre de se soutenir l’un l’autre – Jimmy apporte à son fils le détachement qui lui fait défaut et va l’aider à reconquérir la mère d’Edie, dont il s’est séparé ; Gerald met un peu de plomb dans la tête de son père et l’oblige à prendre conscience de l’importance de la famille et de la nécessité de créer des liens.

C’est sans doute le second reproche que l’on pourrait adresser à Grandfathered, série bien-pensante, consensuelle et pleine de bons sentiments. Mais enfin,: les acteurs sympathiques, le propos léger, le ton amusant et les dialogues spirituels font de Grandfathered une feel-good série, agréable à regarder malgré une petite baisse de régime dans les épisodes les plus récents.  Une saison complète a été commandée par la Fox, en attendant un éventuel renouvellement.

Life in Pieces : Tranches de vie

Laissez-moi vous présenter la famille Short : il y a les parents, John (James Brolin) et Joan (Dianne West), septuagénaires épanouis ; leur fils cadet Matt (Thomas Sadoski) qui n’a pas quitté le nid familial, ce qui ne facilite pas sa vie sentimentale ; le benjamin Greg (Colin Hanks) et son épouse Jen (Zoe Lister-Jones) dont le quotidien est chamboulé par la naissance de leur premier bébé ; la fille aînée Heather (Betsy Brandt) et son mari Tim (Dan Bakkedahl), et leurs trois enfants. Life in Pieces raconte leurs histoires – au pluriel, chaque épisode étant constitué de quatre saynètes plus ou moins indépendantes, respectivement centrées sur un des protagonistes. 

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Décidément, les scénaristes n’ont pas fait preuve d’une imagination débordante en terme de thématique, et ce n’est pas la très classique histoire de famille de Life in Pieces qui inverse la donne. Le traitement, en revanche, présente une légère innovation puisqu’au lieu d’un récit linéaire, il offre une succession de quatre séquences dont Matt, Greg, Heather et leurs parents sont tour à tour les principaux sujets. Les différentes parties concernent certes les Short, mais elles n’ont pas d’autre lien même si l’une d’entre elles (en général la dernière) rassemble tous les protagonistes. L’artifice n’est finalement pas si inédit que ça, si l’on considère qu’il ne s’agit que de pousser à son paroxysme la construction d’une série comme Modern Family : quand celle-ci fait se croiser au sein d’un même épisode des arcs narratifs indépendants, Life in Pieces les juxtapose en faisant l’impasse sur la continuité entre ces chapitres.

L’idée n’est pas mauvaise, mais elle a autant d’avantages que d’inconvénients. Du côté des atouts, la brièveté des scènes (5 minutes environ) favorise un rythme enlevé et oblige à la concision, tandis que le changement de personnages permet d’éviter la monotonie et de varier les situations ; en revanche, ces mêmes éléments soulignent cruellement le moindre temps mort ou la moindre faiblesse du récit, mettant en péril toute la scène, et le format interdit aussi les digressions, le manque de temps empêchant d’approfondir des personnages sympathiques mais auxquels on a du mal à s’attacher. Le choix de dissocier les quatre parties, s’il se justifie en théorie, fonctionne moins bien à l’écran : il donne à l’ensemble un côté très artificiel et le récit, forcément accidenté, perd en fluidité et en cohérence. D’autant que les répercussions des évènements racontés restent rares et anecdotiques puisqu’elles n’affectent pas les autres parties de l’histoire.

Ceci étant, les pastilles sont en général bien écrites et, si les sujets abordés sont convenus et assez caricaturaux (la naissance du bébé qui affecte la vie sexuelle des jeunes parents, l’entrée à l’université du fils adolescent, la première rencontre de la petite amie avec la belle-famille), ils sont traités de manière amusante et pertinente. Le réalisme des situations exposées est tourné en dérision justement grâce à l’outrance inhérente au genre et aux dialogues percutants, bien que pas toujours très fins. Certains gags sont faciles, l’humour est parfois gras, mais émergent aussi des moments désopilants (la pathétique tentative d’abattage d’un arbre par les hommes de la famille, sur fond de I need a hero de Bonnie Tyler, est grotesque mais très drôle.)

Life in Pieces aligne également un casting impressionnant, qui ravira les fans de séries – du vétéran Josh Brolin à Dan Bakkedahl (The Mindy Project, Veep) en passant par Thomas Sadoski (The Newsroom), Colin Hanks (récemment dans Dexter ou Fargo – il est excellent) ou encore Betsy Brandt (Breaking Bad – idem). Tous restent dans le registre de la comédie pure où l’on force volontiers le trait, mais la brièveté des séquences autorise une interprétation moins mesurée de la part de l’ensemble des comédiens.

Globalement, Life in Pieces se cantonne donc à un sujet bien rodé, et elle évoque énormément Modern Family, déjà citée plus haut ; c’est donc sur la forme qu’elle tente de proposer quelque chose d’un peu différent. Mais une fois passé l’attrait de la nouveauté, encore faut-il réussir à accrocher le téléspectateur en donnant davantage d’épaisseur aux personnages et à leurs mésaventures. C’est tout le paradoxe de la série, qui aura sans doute du mal à fidéliser un public qu’elle invite justement à picorer des micro-scenarii autonomes.  Mais lorsqu’on s’étonne que l’épisode soit déjà terminé, et que l’on réalise que l’on n’a pas vu passer ces 4 fois 5 minutes, on se dit que Life in Pieces n’a peut-être pas encore perdu son pari…

*Découvrez un autre regard sur le pilote de Life in Pieces ici

Soyons honnêtes : aucune de ces trois séries n’est une franche réussite, et ce n’est pas parmi elles que l’on trouvera le nouveau Friends, ni même le successeur de Modern Family. Dr Ken, Grandfathered et Life in Pieces se contentent d’arpenter des terrains déjà bien balisés, avec plus ou moins de réussite (et en général plutôt moins que plus…) Mais si vous avez 20 minutes à tuer, vous pouvez toujours y jeter un œil : si vous êtres bon public et pas trop exigeant, vous trouverez peut-être de quoi passer un bon moment. Franchement, on ne peut pas en attendre davantage …

Crédit photos : ABC / Fox Entertainment / CBS

 

  • Nataka

    Ayant passé quelques jours aux Etats-Unis un peu plus tôt cette année, j’ai vu un peu de promo pour Life In Pieces, et il était très clair que le format 4×5 minutes était un « choix » basé sur le fait qu’au cours d’un épisode, même aussi court que celui d’une sitcom, il y a plusieurs coupures publicitaires. Chaque sketch de 5 minutes est conçu pour juste tenir entre deux pages de pub. Les créateurs ont cherché à s’adapter à un système auquel ils ne peuvent rien, ce n’est pas « l’idée de la décennie » qui leur serait venue de nulle part. Je ne sais pas si ça marche, je n’ai pas testé. Mais sur le principe je trouve ça un peu triste. Et regarder une série à la télé aux Etats-Unis, quand on n’a pas l’habitude, c’est épuisant.

    • http://latogeetleglaive.blogspot.fr/ Fanny Lombard Allegra

      C’est effectivement un aspect très intéressant – et navrant ! En tous cas, la précision est extrêmement utile… Bon, personnellement, je disjoncte déjà quand je regarde une série sur M6 ou TF1 – je ne sais plus s’il y a de la pub pendant les épisodes, ou des extraits d’épisodes entre les pubs 😉 Le format est différent (moins de coupures, mais plus longues) et je comprends bien l’intérêt économique du truc. Mais ça ne m’empêche pas de râler !

      • Nataka

        Ce qui était étrange, et qui nous a fait un peu tomber de l’armoire, c’est que ça en devenait un argument promotionnel pour la série.