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Le vendredi, tout est permis!

Le vendredi, tout est permis!
Charlotte Calignac

« Well, you live in Texas now. You love that game that is football. You just don’t know it yet. »
(« Eh, tu vis au Texas maintenant. Tu aimes ce sport qu’est le football. Tu ne le sais juste pas encore. ») Eric Taylor, S5E01.

C’est lors de son ultime saison qu’Eric Taylor a mis les mots sur ce que Friday Night Lights a été pour moi. Je n’aime pas le sport, j’ai du mal à comprendre ce qu’est une transformation au rugby et me suis endormie devant le Superbowl ; je trouve souvent difficile de m’identifier à des personnages aussi différents que ceux souvent caricaturaux du très conservateur Midwest.

Alors autant vous dire que des préjugés sur Friday Night Lights, série qui raconte l’importance du football au niveau lycée dans une petite ville paumée et fictive du Texas, j’en avais.

C’est, à ce jour, ma série préférée et c’est un peu difficile d’expliquer pourquoi en restant claire. Et sans trop spoiler.

Je n’aime toujours pas le football américain, je n’ai toujours pas compris la majorité des règles, mais dire que la série se résume au football serait terriblement réducteur.

Le football y est central certes, mais c’est l’angle choisi pour décrire et animer une communauté entière. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, source d’espoir et de déconvenue, le football fait vibrer Dillon Texas et les personnages qui y résident.

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L’histoire se concentre sur la famille du coach Taylor (Eric, sa femme Tami, et sa fille Julie), et ses joueurs lycéens, plus ou moins doués, plus ou moins soutenus, plus ou moins paumés. Certains ne vivent que pour le football depuis qu’ils sont gosses parce que c’est ancré dans leur famille, d’autres se retrouvent dans l’équipe plus ou moins par hasard, par coup du sort. La mission du coach est de mener son équipe chaque année au championnat régional, la victoire ultime à ce niveau. C’est un peu une sorte de version miniature de la FNL.

En fait, le talent de l’écriture comme des acteurs fait que très rapidement, le destin de tous ces gamins nous importe autant qu’il importe au Coach. Tous rêvent d’un meilleur avenir que celui proposé par Dillon. Les rêves sont différents, mais finalement le football incarne pour la majorité d’entre eux la seule et unique chance de pouvoir aller à l’université (sans trop s’endetter), voire de devenir un professionnel. L’espoir de sortir du Texas, de voir autre chose. Le football, c’est la meilleure façon d’être sacralisé dès son plus jeune âge et de sortir par la grande porte pour un meilleur avenir. Le problème, c’est que ça ne fonctionne pas toujours, et que les enjeux sont grands.

Au cours de cinq saisons les plus pénibles à avoir jamais été produites (dans le sens où la série a failli s’arrêter après la saison 1, a souffert de la grève des scénaristes en saison 2, a changé de chaîne en saison 3… vous voyez le genre quoi), Friday Night Lights décrit la vie, les espoirs, et les difficultés de Smash, Tim, Matt, Tyra (dont la majorité des interprètes ont retrouvé du travail depuis) puis lorsqu’ils partent vers d’autres horizons ceux de Vince, de Becky, de Luke… Sans jamais être redondants. Sans tomber dans le mélodrame malgré des vies pas toujours faciles, malgré des parents très souvent absents.

La beauté de cette série, c’est qu’elle fait aimer le Texas et ses paysages interminables, et qu’elle nous met sur les dents quand Smash attend une réponse d’une école pour aller à l’université, quand Matt doit réussir une passe à dix-huit yards, quand Tyra doit rédiger une lettre pour partir de Dillon.

Problèmes raciaux, économiques, communautaristes, éthiques et sociaux, sont abordés sans caricature, sans moquerie ni jugement. D’ailleurs, Friday Night Lights est peut-être l’une des séries les plus braves de son époque en osant aborder le sujet de l’avortement et du sexe adolescent sans les tabous habituels, mais avec des conséquences intéressantes.

Paradoxalement, cet article n’évoque pas l’importance d’Eric et Tami Taylor, ni celle de Jason Street. D’abord parce que j’essaie au maximum de ne pas spoiler ceux à qui ce texte pourrait donner envie de regarder la série. Ensuite parce que les mots rendraient difficilement hommage au couple le mieux écrit et le plus stable de la télévision américaine.

La réalisation assez peu traditionnelle (beaucoup de caméras portées) et la musique qui revient régulièrement (le thème du générique décliné, ou la chanson Devil Town réutilisée à différents moments de la série) participent à établir et ancrer l’atmosphère réaliste de la série. La spontanéité des dialogues, dont les scènes sont souvent tournées en une seule prise, est ressentie tout au long des saisons. Le téléspectateur a l’impression de faire partie de cette communauté, de faire partie de la scène. On s’implique dans des matchs sous la pluie, dans la boue, contre des équipes adverses qui veulent en découdre.

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Comme toujours, Friday Night Lights est une série avec ses défauts : un arc narratif très bancal sur une partie de la saison 2, et une tendance à faire disparaître des personnages secondaires entre les saisons sans la moindre explication. Désagréable donc, mais pas insupportable non plus. C’est surtout parce que, pendant cinq saisons, on habite à Dillon au Texas. Et on est un peu fan de football et de ces joueurs nous aussi.

Si vous aimez le sport, vous aimerez la série. Si vous détestez le sport, vous aimerez aussi cette série. Friday Night Lights, c’est beaucoup, beaucoup d’émotions. Tant qu’il m’est impossible de faire une liste de mes dix épisodes préférés. Mais je serais intéressée par la vôtre.

Clear eyes, full hearts. Can’t lose.