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Les séries parlent aux ados: Switched at birth et Les frères Scott

Les séries parlent aux ados: Switched at birth et Les frères Scott
Claire Tirilly

Depuis la semaine dernière, Switched at Birth aborde la question sensible du consentement lors de l’acte sexuel, particulièrement lorsque les deux parties sont fortement alcoolisées. Rarement la question aura été abordée avec autant de sensibilité et de réalisme. De Dawson à One Tree Hill, les séries adolescentes semblent être les meilleures pour traiter des sujets sensibles qui touchent les adolescents. Switched at birth en est une nouvelle preuve. Etude au travers de deux des meilleurs exemples.

Spoiler alert

Switched at birth: viol ou acte consensuel sous influence?

Switched at birth s’est donné trois épisodes pour parler d’un phénomène de plus en plus courant sur les campus américains: le viol lors de fêtes très arrosées. Ici Bay va à une fête et se réveille le lendemain matin nue dans un lit avec son ex-copain et un bon gros mal de tête. Seulement, elle a aussi le sentiment de ne pas avoir donné son consentement pour l’acte sexuel. Tank, le fameux ex, lui, pense le contraire. Dès lors la série va étudier les conséquences de cet acte et poser ouvertement la question à ses spectateurs: viol ou pas viol?

Les créateurs ont choisi volontairement de raconter une histoire où les protagonistes ne sont pas clairement définis comme bons ou mauvais afin de se rapprocher au maximum de la réalité des faits. Pour rappeler aussi que le violeur n’est pas qu’inconnu dans un coin sombre, dans un acte de violence absolue. Les épisodes étudient la perspective de Bay et celle de Tank dans le premier épisode, puis impliquent l’oeil du public, au travers d’une enquête menée par l’université où se sont produits les faits.

Et si ça marche c’est parce que chacun des aspects est traité avec réalisme, sans bons sentiments.La série prend vraiment le temps de s’arrêter et de discuter de la question. Bay a t’elle vraiment été violée? Est-ce qu’en se laissant aller à boire autant, elle l’a cherché? Et quelle est la part de responsabilité de Tank, sachant qu’il était très fortement bourré lui aussi? Quelles sont les responsabilités de chacun? La fille est-elle forcément la victime et l’homme le bourreau?

L’arc propose un portrait relativement précis d’une situation unique, tout en la replaçant dans un contexte plus général: combien de filles, de femmes, sont agressées sexuellement tous les jours, sur les campus et ailleurs? Et combien considèrent que pour X ou Y raisons que ce qu’elles ont subi ne sont pas des agressions sexuelles? Ou qu’elles en sont parfaitement responsables.

Au travers des discussions entre les différents protagonistes de la série, ces questions sont clairement abordées et donnent à chacun l’opportunité de continuer la discussion à la maison. En effet, Switched at Birth, comme toutes les séries ABC Family, a une présence forte sur les réseaux sociaux. Elles utilisent régulièrement Twitter, Facebook ou Instagram pour créer le dialogue avec les fans, dans des buts de promotion. Chaque semaine, un acteur de la série fait un livetweet  de l’épisode, répondant aux questions des spectateurs et une vraie relation s’est créée entre la production et son fandom.

Lors du premier épisode de l’arc, la production a choisi de faire appel à l’association “Break the cycle”, venant en aide aux jeunes en difficulté et à Vanessa Marano, Max Adler (Bay et Tank) et à la créatrice de la série pour animer la discussion après l’épisode sur Twitter. En choisissant des hashtags clairs et cohérents autant vis à vis de l’intrigue que des faits, la série a clairement provoqué une discussion nécessaire chez ses fans. Et justement, les fans de SAB, c’est des ados et des femmes, principalement. Les publics concernés par ce sujet.

Si Switched at birth réussi là où The Newsroom et The Good Wife échouaient avant elles, c’est parce que la série ne prend pas de grands airs pour parler de son sujet. Elle raconte une histoire, s’interroge et prend le temps de donner à la parole à tous et de créer la discussion. Et ce n’est pas la seule…

One tree Hill: tuer n’est pas jouer

En voyant l’épisode de Switched at Birth, je me suis rappelée l’épisode de la fusillade au lycée dans One Tree Hill. “With Tired Eyes, Tired Minds, Tired Souls, We Slept” est l’épisode 16 de la saison 3 et a été diffusé en mars 2006. Il présente une situation simple, tragique et pourtant toute relativement commune aux États-Unis: un étudiant vient un jour au lycée et fait feu sur ses camarades.

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Comme pour Switched at birth, les créateurs de la série ont décidé de traiter de ce sujet parce qu’il leur semblait important à aborder, vis à vis de leur public. Ils ont décidé de faire les choses avec sobriété, et de raconter une histoire plutôt que de jouer sur un ressort dramatique.

Jimmy, l’adolescent qui fait feu, n’est pas fou, ou diabolique. Il est même relativement connu des fans. C’est juste un de ces personnages secondaires qui a disparu avec le temps. L’occasion est bonne pour parler franchement de violence en milieu scolaire, d’abandon, de solitude, mais aussi de peur. En lui donnant un visage humain, et en le laissant parler, la série montre ce qui peut se passer dans la tête d’un gamin qui perd pied, et les drames qui peuvent se jouer ici.

La série a toute conscience de l’importance de son sujet et n’a pas peur des conséquences, n’hésitant pas à tuer ses personnages dans l’affaire. Et c’est bien là qu’elle réussit son pari. L’épisode choque mais créée une discussion réelle sur la question autant parmi ses fans que dans l’opinion publique.

Pourquoi ça marche?

Tout d’abord parce que les auteurs ont auparavant créé une relation de confiance avec leurs fans. En proposant des situations réalistes (et d’autres un peu moins), ils ont imposé leurs personnages dans leur entiéreté et cela permet d’ancrer leurs histoires dans une forme de réalité à laquelle adhère le public.

Ensuite parce qu’en choisissant d’aborder des thèmes qui touchent leur public directement, ils leurs parlent vraiment. Il n’est pas rare pour les adolescents de se sentir à un moment ou à un autre aussi perdu et seul que Jimmy dans One Tree Hill. Tout comme il arrive dans la vraie vie qu’on passe une soirée un peu trop arrosée et qu’on ne se souvienne plus de ce que l’on a fait la veille. Bien sur, toutes les filles ne se font pas violer dès qu’elles boivent un peu trop, mais c’est de l’ordre du possible.

Ces séries font les choses avec sérieux mais ne se revendiquent pas de changer le monde. Elles choisissent d’aborder un sujet qui leur est cher et d’en raconter l’histoire en espérant honnêtement créer une discussion.

Le contre exemple étant pour moi Glee. Dans “Shooting star” l’épisode 18 de la saison 4, il semble se produire une fusillade au lycée. Les réactions des élèves et des profs sont relativement appropriées, mais la raison de la fusillade elle même est ridicule.

Becky, qui n’a jamais été proche de Brittany soudainement se sent prise d’une telle peur qu’elle parte qu’elle amène l’arme de son père au lycée pour se protéger. Comme souvent dans Glee, le sujet compte plus que son traitement et les réactions de Becky (ou de Sue) ne sont pas crédibles une seconde. De plus, il n’y a pas ou peu de conséquences à long terme sur les personnages qui ont été “traumatisés” lors de la fusillade.

Si Switched at Birth, One Tree hill ou encore Degrassi réussissent des épisodes forts en abordant des sujets difficiles, c’est une fois de plus parce qu’elles se placent dans une forme d’honnêteté vis à vis de leur public tout en restant cohérent sur les personnages. Elles racontent des histoires d’adolescents aux adolescents en respectant leurs voix. Qu’en pensez-vous?