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Dealey Plaza (Episode 1): X-Files

Dealey Plaza (Episode 1): X-Files
Christophe Brico

Les interprétations de l’assassinat de JFK dans les séries ne sont jamais utilisées à la légère. En effet, l’événement est d’une telle ampleur – un assassinat en direct, et du leader du monde libre qui plus est -, qu’il est toujours utilisé pour donner une forte intensité dramatique à l’histoire ou au personnage qui y est impliqué. En ce qui concerne X-Files, ce sera l’élément fondateur d’un des personnages les plus réussis de la série : L’Homme à la cigarette.

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Rien ne paraît sombre aux vainqueurs

Le personnage de l’Homme à la Cigarette (William B. Davis) est un de ces grands méchants de série particulièrement efficaces. Pendant de nombreuses saisons de X-Files, il est pour l’essentiel une présence de l’ombre, qui parle peu, caractérisé presque uniquement par sa tabagie, et qui pourtant personnifie à lui seul toute la conspiration. Et ce, d’ailleurs, sans réellement savoir de quoi la conspiration est réellement faite. Le personnage est tellement intimement lié à l’histoire des X-Files, qu’il sera présent dès le pilote de la série, et jusqu’à l’ultime épisode.

A l’occasion du 7e épisode de la 4e saison (4.07) d’X-Files, une version possible de son passé est révélé. La série ayant pour sujet la conspiration, il était évident qu’il fallait relier l’histoire personnelle de notre Homme à la Cigarette à la grande histoire, et dans ce cadre, l’assassinat de JFK revêt un caractère tout particulier. Élément fondateur de son mythe individuel, il constituera la base sur laquelle il deviendra le boogeyman au mégot que l’on connait si bien.

Au début de cet épisode, l’Homme à la Cigarette est positionné dans un appartement abandonné, écoutant une conversation entre Frohic (Tom Braidwood) des Lone Gunmen et Mulder (David Duchovny). En plus d’être à l’écoute, notre fumeur est équipé d’un fusil de sniper, prêt à tirer. C’est déjà une première référence à l’assassinat de Kennedy. L’histoire de l’épisode est celle racontée par Frohic qui est censée être celle de l’Homme à la Cigarette. L’épisode est découpé en 4 chapitres, chacun à une période de temps différente. La partie qui nous intéresse est la première couvrant 1962-1963.

Tout s’est bien passé à Dealy Plaza

Le premier segment de cet épisode alternatif des X-Files se situe donc en 1962-1963, période charnière de l’histoire américaine, juste après l’échec cuisant de la Baie des cochons et la crise des missiles de Cuba qui a fait trembler le monde. Ce sont ces “ratés” de l’administration Kennedy qui justifieront le projet d’assassinat de ce dernier. Notre Homme à la Cigarette, version jeune, est interprété par Chris Owens (qui jouera plus tard l’agent Jeffrey Spender, fils de l’Homme à la Cigarette, justement). D’ailleurs, à ce moment-là de notre histoire, notre Homme à la Cigarette est non fumeur !

Dès l’introduction de ce segment, nous assistons à un dialogue entre le Capitaine “X”, futur homme à la Cigarette, et Mulder père, militaire également :

Mulder : “Mon fils d’un an a dit son premier mot !”

Cpt. “X” : “Et quel était le mot ?”

Mulder : “JFK”

S’en suit une scène qui se tient dans un bureau, au milieu d’un groupe de gens tous plus patibulaires les uns que les autres, et qui introduira le projet d’assassinat du Président, sans que celui-ci ne soit jamais nommé. Cette scène évoque un peu les scènes équivalentes d’Apocalypse Now ou du Chacal, mais surtout les scènes de conspirations typiques de la série. Le fait que Kennedy ne soit jamais nommé dans cette scène démontre également à quel point le symbole est puissant. On ne nomme jamais la cible, mais tout le monde sait de qui on parle.

Au coeur de ce segment de l’histoire, il y a donc l’assassinat de JFK, 22 novembre 1963, à Dallas (Texas), sur Dealey Plaza. 5 ans avant la diffusion de cet épisode de X-Files, en 1991, sortait le film définitif d’Oliver Stone sur le sujet, JFK. Au moment de la diffusion de cet opus des X-Files tout le monde à encore en mémoire les images et les circonstances de l’assassinat de Kennedy. Toute la subtilité de cette partie de l’épisode est de jouer sur le connu pour faire passer les éléments qui forgeront l’histoire de notre Homme à la Cigarette …qui ne fume toujours pas au début de cette séquence.

Toute cette partie de l’histoire est fait pour démontrer que l’assassinat de JFK et le complot qui conduira à l’arrestation et la mort de Lee Harvey Oswald, perpétrés par l’Homme à la Cigarette lui-même, sont les fondements du personnage. Tout l’enjeu est de mettre en perspective le calculateur froid que tout le monde connaît avec le type un peu romantique qui se voit écrivain et qui garde avec lui la photo de Mme Mulder et du jeune Fox comme symbole d’une vie alternative qu’il n’aura jamais.

La mise en scène de la séquence d’assassinat est impeccable. Avec finalement peu de moyens, on voit les éléments se mettre en place, puis l’assassinat lui-même, Lee Harvey Oswald prenant une bière à un distributeur au moment des coups de feu. Il n’y a pas d’ambiguïté dans version cette histoire, c’est bel et bien l’Homme à la Cigarette qui tue JFK. S’en suivra une scène au Texas Theatre, le fameux cinéma dans lequel Lee Harvey Oswald fut arrêté. Notre anti-héros est dans l’ombre, observe la résolution de la machination qu’il a mis en place et finira par allumer sa première cigarette.

Au final l’assassinat de JFK est utilisé dans X-Files comme le point d’origine d’un des personnages les plus intéressants de la série. C’est à partir de là que le jeune capitaine est devenu l’Homme à la Cigarette, que le jeune patriote est devenu le manipulateur invisible. Ce moment de l’histoire américaine, qui est un peu celui de la fin de l’innocence pour les USA, se marie parfaitement bien avec la mythologie X-Files, avec d’ailleurs assez peu de fantastique dans l’épisode lui-même, mis à part à la fin. C’est donc bien un épisode hommage dans lequel 3 des 4 parties sont consacrées à des grands moments de l’histoire : l’assassinat de JFK, l’assassinat de Martin Luther King, et la chute de l’URSS.

Comme ce sera le cas dans de nombreux films et séries, les images de Dallas en ce 22 novembre 1963 ont tellement marqué les esprits qu’elles apportent une puissance narrative immédiate quand elles sont bien exploitées. Et c’est exactement le cas ici.

Crédits: FOX