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3 Commentaires

Ultime vendetta pour Mafiosa

Ultime vendetta pour Mafiosa
Alexandre LETREN

La review

LA SAISON 5
5.5
LE SCENARIO
6
LE CASTING
6.5
LA FIN DE LA SERIE
6.5
6.1

"Presque" réussie

Il en manque un peu pour dire que ce final de Mafiosa est réussi. Dommage!

Le paysage sériel compte quelques grandes figures de malfrats charismatiques tels que Walter White ou Tony Soprano. Chacune de ces deux figures a pu terminer son histoire de la meilleure manière qui soit, lui permettant de s’inscrire au panthéon de la fiction télévisée. Normal, chacun des auteurs de ces séries a pu prendre le temps de terminer correctement leur histoire. Dans le paysage audiovisuel français, ce type de figure « héroïque » (au sens « héros d’une histoire ») est rare. Si elle n’est pas à leur niveau, Sandra Paoli, héroïne de Mafiosa, s’inscrit tout de même dans leur sillon car dans les 5 années très irrégulières de la série, on a pu assister à l’émergence d’un vrai personnage négatif de fiction, un méchant pour lequel on a du mal à envisager une quelconque rédemption. Est-ce-que les auteurs de Mafiosa ont su réserver à Sandra Paoli une sortie digne de ce nom à l’issue de cette 5ème et dernière saison? Eléments de réponses avant la grande confrontation à partir du 14 avril sur Canal+.

Un an jour pour jour après son arrestation, Sandra Paoli participe à la reconstitution du meurtre de son frère. Lachée par tous, et rejetée par Carmen, qui ne voit plus en elle que le meurtrier de son père : Sandra est plus seule que jamais. 
Ses rivaux la croient captive pour longtemps, pourtant Sandra aidée de son avocat Daniel Stromboni prépare sa sortie. Si elle y parvient, Tony et Manu ont du souci à se faire… Tandis que Carmen n’a qu’une idée en tête, venger son père. Sandra cherche une porte de sortie, pressée par le besoin de recréer un clan.

Il y a presque autant de séries Mafiosa qu’il n’y a de saisons. Depuis ses débuts, la série n’a eu de cesse que de se chercher…pour certains sans jamais vraiment réussir à se trouver. Pour d’autres en revanche, la série a trouvé un semblant d’équilibre en saison 4. Quoi qu’il en soit, ces allers et retours de la série ont joué contre elle, notamment pour s’exporter comme le reconnaît Anne Collet, sa productrice.

Si la saison 4 comportait encore les défauts des saisons passées, elle était parvenue à créer une intensité dramatique en dotant Sandra d’une sorte de malédiction qui la pousse à l’auto destruction. Le final de cette saison aurait alors constitué un formidable final à la série…
Oui mais une saison 5 était prévue, ultime saison qui n’a pas été pensée, comme nous l’explique Pierre Leccia, scénariste et réalisateur de la série, comme un tout, comme les deux deux dernières pièces d’un puzzle. Au lieu de ça, Mafiosa saison 5 fait comme beaucoup de séries françaises actuelles: elle est le nouveau volet d’une histoire. Plus comme un nouveau volet d’une saga de films que comme le chapitre d’une histoire globale, pensée et menée à son terme. Et c’est précisément ce que l’on constate dans cette nouvelle saison: Mafiosa saison 5 est un long film découpé en épisodes. L’histoire est étirée de manière artificielle et l’on aurait vraiment pu s’épargner de longs moments bien inutiles. On pensait qu’avec le temps, les auteurs auraient fini par savoir ce qu’est l’écriture d’une série, mais il n’en est rien. En tout cas pas totalement. Mais peut-on réellement leur en vouloir quand aussi bien le scénariste de la série que la productrice n’ont à la bouche que les mots « cinéma à la télévision« ? Comme si, en 2014, après Engrenages, Les revenants, Un village français pour la France ou Breaking Bad, The Killing, Mad Men,Real Humans pour les pays étrangers, le mot « série » était encore un gros mot…La saison en souffre donc au niveau du rythme et c’est vraiment dommage. Ce manque de rythme se ressent notamment par l’introduction de personnages secondaires parfaitement inutiles comme celui de Asia Argento, ou le développement de sous intrigues qui plombent parfois l’ensemble.
Dommage car à côté de ça, il y a vraiment de grands et beaux moments dans cette saison, notamment vers la fin.

carmen

Si l’empathie pour Sandra Paoli est vraiment difficile depuis le début, le personnage de Carmen devient lui vraiment intéressant. Imprégnée d’un désir de vengeance à l’égard de celle qu’elle juge comme l’unique responsable de la mort de son père, la jeune femme se mue petit à petit en une nouvelle « Sandra Paoli » qu’elle déteste. Si depuis le début, Carmen semblait être celle qui semblait le plus s’éloigner de l’héritage des Paoli, elle en devient définitivement un dans cette saison. La jeune Phareele Onoyan (Carmen) est assez bouleversante tout au long de cette saison, tantôt dure comme le roc, tantôt blessée à l’extrême par le poids de cet héritage qu’elle n’a pas voulu. Et pourtant, Carmen a entre les mains le destin de tout son clan. Pour le meilleur ou pour le pire.

Autre gros point positif: le duo Tony et Manu. Commençons d’abord par dire qu’après un petit temps d’adaptation nécessaire au changement de visage de Manu (Philippe Corti reprend le rôle après le décès de Fred Graziani), il faut souligner le très bon travail fait par Corti en donnant à Manu la même émotion que celle que l’on pouvait ressentir dans la saison 4 notamment. Mais bien plus que ça, ce que confirme cette saison 5 c’est que, malgré la titre « Mafiosa« , tout notre intérêt s’est déporté depuis deux saisons sur ce couple d’amis. Ces frères même. Leur parcours de seconds couteaux de Sandra à hommes de tête du clan et, bien au delà, de la série, est vraiment très touchant. Et ce que l’on voit dans cette nouvelle saison, c’est comment leur amitié va ou pas résister aux épreuves qui se dressent devant eux. Plus que pour n’importe lequel des autres personnages de la série, la question « quelle famille privilégier? » prend tout son sens. Et les auteurs ont réservé à ces personnages une vraie belle fin à la hauteur de cette belle amitié que l’on a vu durant ces 4 saisons. Et de souligner le très beau travail opéré par Eric Fraticelli sur son personnage de Tony. Devenu peu à peu un vrai chef de clan, son évolution sur la saison, parfois un poil caricaturale quand même, reste sur la longueur touchante et bouleversante. Je ne dévoilerai rien bien entendu de comment ce personnage va se conclure mais ces derniers moments sont parmi les plus beaux de la série.

tony

Et puis, il y a la fin de la série. Attendue forcement car il s’agit de la toute première fin programmée d’une série Canal+ (les autres séries ayant été soit stoppées en cours de diffusion, soit toujours en production). La fin de Mafiosa est en ça à la hauteur des problèmes de structures que je mentionnais plus haut. Les derniers instants de la saison 4 laissaient présager des moments intenses, forts, pour dire adieu à ces personnages. En recentrant l’action sur Sandra et son attitude auto destructrice, la saison 4 avait créé toutes les conditions d’un final dantesque. Mais au lieu de poursuivre dans cette voie, la saison 5 se disperse et nous éloigne de Sandra. On pense un instant en début de saison que les pièces du puzzle se mettent en place pour aboutir à une fin. Mais il n’en est en réalité rien. Car si tout avait été pleinement maîtrisé de bout en bout, les événements relatés dans cette saison 5 aurait dû mener à l’ultime scène de la série. Or, il n’en est rien. On aurait très bien pu prendre la dernière scène de la série et la coller à la fin de la saison 4 sans que ça ne gène nullement l’intrigue. Pire. Tous les événements relatés en saison 5 ne servent en réalité qu’à aboutir à la fin d’autres personnages que celui de Sandra Paoli. Un comble pour la dernière saison d’une série.
Attention, ça ne veut pas dire que cette fin de la série n’est pas réussie. Elle est même visuellement très bien réalisée et superbement interprétée par les personnages impliqués. En réalité, il est juste dommage que cette scène semble trop plaquée là. Comme si les auteurs s’étaient soudain souvenus qu’il fallait finir la série. La fin de la série est juste logique mais pas surprenante. Mais, à bien des égards, cette fin de série n’en est pas une. C’est presque même une ouverture plutôt qu’une fin. Une ouverture vers des perspectives plutôt encourageantes si la série avait continué.

sandra

 

Sans atteindre les moments d’intensité de la saison 4 (de loin la meilleure de toutes), cette dernière saison de Mafiosa réservent son lot de bonnes surprises, malgré un scénario bien trop souvent hésitant. Ces 8 derniers épisodes montrent que, à l’image de la position de Sandra dans son clan, la série a totalement échappé au personnage de Sandra Paoli pour devenir celle de Tony et Manu, puis celle de Carmen, qui achève ici sa « transformation » en « nouvelle Sandra » dans les derniers instants de la série. 
Pour la première conclusion d’une Création Originale de Canal+, on peut dire que le pari n’est qu’à moitié rempli et que la série ne sera jamais réellement parvenue à se trouver.
Mais je veux retenir du positif de cette aventure car Mafiosa aura permis la naissance de personnages forts et d’un personnage principal de fiction sombre ET féminin, les deux étant que rarement associés au sein d’une série.
Au fil des 5 saisons, nous aurons assistés à la transformation tant physique que psychologique d’un personnage qui n’a jamais su gérer le poids de l’héritage qui pesait sur ses épaules et qui l’a conduit à son destin final.

Crédits: © Vincent Flouret – C+